De la guerre commerciale à la transition économiqueAlors que le Canada est plongé dans une guerre commerciale avec les États-Unis, et malgré leurs efforts pour contrecarrer les velléités protectionnistes du président étasunien, les leaders politiques du pays ont pour la plupart reconnu que la dépendance extrême de l’économie canadienne face au marché américain avait placé le pays dans un état de grande vulnérabilité.
Ce constat tardif fait écho aux critiques que formulaient les mouvements sociaux progressistes à l’égard du libre-échange et de la mondialisation de l’économie il y a déjà… plus de deux décennies. Cependant, contrairement à la vision de solidarité sociale et économique que ces derniers mettaient alors de l’avant, plusieurs utilisent la crise en cours pour proposer des solutions qui vont nuire à la population plutôt que de la protéger des contrecoups de l’instabilité économique.
L’aspirant chef du Parti libéral du Canada Mark Carney promet d’augmenter les dépenses militaires et d’abandonner la révision de l’imposition des gains en capital, qui visait les contribuables les plus riches. François Legault veut s’attaquer au « manque de “productivité, [à] la surréglementation, [à] la bureaucratie et [à] la taxation” » qui affaiblissent selon lui l’économie québécoise. Le premier ministre mise en outre sur le développement de nouveaux projets d’infrastructures énergétiques pour créer des emplois et s’en remet aux dirigeants de grandes entreprises et de sociétés d’État pour réfléchir à l’avenir économique de la province. Le ministre de l’Environnement Benoit Charette s’est pour sa part montré ouvert à relancer le controversé projet de GNL Québec. Quant au milieu des affaires, il ressort l’idée d’assouplir une panoplie de règles pour faciliter le commerce interprovincial sans que les bienfaits d’une telle approche ne soient expliqués.
Il est évident, comme l’affirme Patrick Lagacé, que l’on est face à « une guerre commerciale dont on n’avait pas besoin ». Néanmoins, comme l’a suggéré Hadrian Mertins-Kirkwood, cette crise offre l’occasion de diversifier l’économie canadienne (et non simplement de diversifier ses partenaires), mais aussi de réduire à la source sa dépendance vis-à-vis des hydrocarbures (et non simplement de produire davantage d’énergie pour le marché intérieur). Le contexte est également favorable à l’amélioration des programmes d’assurance-emploi et de protection du revenu (plutôt qu’à l’instauration de travaux forcés pour ceux et celles qui seront mis au chômage). Ces avenues ont le potentiel de rendre l’économie plus résiliente et d’en faire profiter le plus grand nombre.